L'imagination de Khaz était débordante : en voici un exemple, tiré de son article http://kazimir.eklablog.com/essai-au-stylo-bille-a211765668
à partir d'un dessin, il va nous parler de messe, orgue, théâtre, mort, etc.
Puisqu'il y parle d'orgue, je me permets d'y ajouter, à la fin, une vidéo que j'ai réalisée récemment, pendant mon petit Tour de France
Souvenir émouvant, puisque, pendant que mon ami Jean-Louis jouait l'Ave Maria de Caccini, une voix divine est apparue.
[...] Tout en continuant à dessiner, un souvenir m'est revenu, s'est imposé à moi, illustrant d'une autre façon cette même situation. Cela devait se situer vers les années 80, à une époque où je fréquentais encore l'église catholique. C'était un dimanche et j'étais seul du côté de Mortefontaine-en-Thelle. J'ai décidé d'aller à la messe de onze heures : à la grand messe, et j'ai trouvé une église dans un tout petit village. Une église bien remplie à cette occasion. Mais , ô merveille, elle possédait un orgue, et un organiste était là. La messe étant finie ("ite, Missa est")... l'église allait se vider, l'organiste s'est mis à jouer la toccata et fugue en ré mineur de JSB. Aussi je restais, scotché sur mon banc, pour ne pas manquer une seule note de cette oeuvre admirable, qui commence comme par un coup de trompette !
Les fidèles, eux, partaient par petits groupes, et leurs rangs devenaient de plus en plus clairsemés. (La "fugue" est d'ailleurs faite pour ça).
Mais parfois une femme revenait. Avait-elle oublié un parapluie, ou un missel ? Ou bien deux enfants arrivaient en courant, se poursuivant, puis disparaissaient dans les allées. Parfois un petit groupe revenait en force pour placer quelques bougies allumées devant la statue de la Sainte Vierge. Ainsi la nef ne se vidait pas aussi vite qu'on aurait pu l'imaginer. Pourtant peu à peu un calme de plus en plus complet se faisait, redonnant à la maison de pierre, colonnes et voûte, son mystère silencieux. Et dans ce lieu sacré la fugue poursuivait son chemin ailé, transperçant l'espace, rejoignant le ciel.
J'étais comme emporté dans cette double contemplation, celle de la ligne mélodique, et celle de la scène qui se jouait autour de moi.
N'en est-il pas de même de ma vie aujourd'hui ?
Le nombre des personnes que je rencontre ne cesse de s'amenuiser. Des personnages se retirent pour toujours. Peu à peu le silence s'étend, laissant le mystère de l'existence retrouver sa profondeur infinie.
Que lisais-je sur mon dessin dans ce même temps ? Mais la même progression. Aussi j'ajoutais à ce visage de femme un paysage, et je vis son sourire retenu, où je devinais de la tristesse (de nos échecs ?) mais aussi de la joie, discrète et retenue (de nos réussites ?), et une infinie tendresse pour tous ces êtres qui un jour dépendirent de nous.
Car cela devenait évident : cette femme était ma femme, et moi-même, sans distinction. C'est peut-être ainsi chaque fois que l'on fait un dessin : c'est soi-même que l'on dessine ! [...]